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Alber-K : “Je veux faire évoluer la manière de créer de la musique”

Auteurice de l’article :

Julie Mouvet
Journaliste

À ses heures perdues - pendant que d'autres perdent des journées devant Netflix - Julie, elle, lit, écrit des articles, enregistre des podcasts, monte des vidéos... Un condensé de discipline et de passion qui font d'elle l'ennemi jurée de tout procrastinateurice du dimanche ! Depuis quelques mois, elle a rencontré son binôme rêvé pour co-gérer le média kingkong.

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Alber-K, c’est le genre de prodige qui ne se rend pas compte à quel point il est impressionnant. Chercheur en Music Technology, ingénieur, DJ, producteur, professeur… à seulement 26 ans.

Alber-K a toujours adoré la musique. À 8 ans, il construisait sa propre radio pour en écouter dans sa chambre. “J’ai pris une ancienne radio de voiture complètement cassée et je l’ai réparée. Le problème, c’est que je n’avais pas de baffles. J’ai trouvé deux petits hauts-parleurs et j’ai fait des caissons. J’ai réussi à faire une chouette radio, j’étais tout content”, sourit-il. Il grandit et à 12 ans, il n’a qu’une seule envie, “un peu comme tout le monde”, devenir DJ. Il commence donc à se produire… dans son grenier. “Un an plus tard, des amis de mes parents faisaient une fête chez eux et m’ont demandé si je voulais venir. Entre nous, je pense qu’ils avaient juste envie de me faire plaisir. Mais ça m’a plu et ça m’a permis de jouer dans une autre soirée, puis une autre… Et avant que je ne m’en rende compte, je me retrouve au You, à Bruxelles. Je crois que j’avais 15 ans, je ne pouvais pas encore légalement entrer dans la boîte (rires). Ils ne m’avaient pas demandé mon âge et ça m’arrangeait.”

Le jeune DJ se produit de plus en plus, avant d’être approché par une boîte d’événements privés. “Je commençais à avoir mes clients en Belgique et une petite renommée.” C’est sous le nom d’Alber-K qu’il décide désormais de se produire. Un hommage à son grand-père. “Je ne l’ai pas connu mais depuis que je suis petit, ma grand-mère dit que je lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Il adorait la musique électronique aussi.” De Camille Albert, le nom de son grand-père, il décide donc de s’appeler Alber-K.

Au fil du temps, le DJ a envie de plus. “Je ne voulais pas “juste” jouer la musique des autres. J’ai commencé mes propres remix et mashup. Je mettais ensemble deux musiques qui existaient pour faire des choses plus personnelles et je voyais que ça fonctionnait mieux.” Mais rapidement, cela ne lui suffit plus. Il commence alors à créer de la musique. “Au début, ça ne ressemblait à rien du tout. Mais après, c’était un peu mieux… enfin, j’espère (rires).” Alber-K commence des études à l’ECAM, à Bruxelles, pour devenir ingénieur industriel. Il réalise alors que ce n’est pas fait pour lui et décide de partir en Angleterre en 2015, à 19 ans. “J’ai été accepté dans une université de Londres pour devenir ingénieur du son. C’est différent de la Belgique, il s’agissait vraiment d’apprendre à développer des technologies musicales, donc inventer de nouveaux micros, de nouveaux compresseurs… Cela se rapproche fort de l’ingénierie électronique.” Le futur ingénieur adore ses études et sent qu’il a trouvé sa voie. Il a alors la possibilité de faire un master aux Etats-Unis. “J’avais créé un projet (encore secret) et les Etats-Unis étaient intéressés que je le développe. Je suis donc entré à la Georgia Institute of Technology à Atlanta.”

Environnement incroyable vs sacrifice social

Lorsqu’il commence ses études sur place, “c’est juste incroyable”. Alber-K se sent complètement dans son monde et se rend compte de la chance qu’il a de pouvoir y étudier. “Ce sont des universités très sélectives. À Londres, on était 30 à avoir été acceptés, sur plus de 2.000 personnes. Aux Etats-Unis, on était 15 sur 10 à 15.000 personnes. C’était donc très challenging, mais j’ai pu y entrer grâce à mes projets.” Évidemment, tout n’est pas rose. Le jeune artiste vit aussi cette période comme un “sacrifice social”. “Dans le sens où toustes mes ami·es faisaient la fête en Belgique pendant que je bossais bossais bossais. Mais étant donné que c’était un domaine que j’adorais et que j’étais chanceux d’avoir une telle opportunité, je me donnais à 200%.” 

On l’a vendue à Google et maintenant, c’est la prothèse la plus performante au monde.

Cela paie puisqu’Alber-K réussit très bien son premier semestre à l’Université. À tel point que cette dernière lui propose de faire un second master en parallèle du sien, dans le département d’ingénierie électronique. “J’étais surexcité, donc je l’ai fait. En septembre, on m’a dit que j’avais bien réussi mon double master et que l’Université aimerait que je donne cours aux deuxièmes et troisièmes bachelier, dans trois branches différentes.” Le voilà donc aussi professeur. “Aux Etats-Unis, on te pousse vraiment à aller plus loin. C’était un master en recherche donc le but était d’essayer de créer de nouvelles choses et on nous soutient à mort. L’Université a des contrats avec des sociétés qui mettent énormément de pièces électroniques à disposition. En tant qu’étudiant, j’avais peu de moyens donc c’était génial.” C’est là qu’il a l’opportunité de travailler avec d’autres étudiant·es sur la réalisation d’une prothèse pour un batteur, Jason Barnes, qui n’avait plus d’avant-bras. “On l’a vendue à Google et maintenant, c’est la prothèse la plus performante au monde.” Rien que ça ! Il a également collaboré avec Shimon, un robot qui joue du marimba en live, en improvisant grâce à l’intelligence artificielle. Ensuite, ils ont créé le morceau You & I. “Je devais réaliser l’album de Shimon pour pouvoir le présenter à l’Amsterdam Dance Event, mais ça a été annulé à cause du Covid.”

Vidéo de Shimon, le robot et de Jason Barnes avec la prothèse co-réalisée par Alber-K

Et ce n’est pas la seule chose supprimée durant cette période. Après avoir été repéré par un gérant de boîte de nuit, qui décide de le prendre comme DJ résident, Alber-K s’est pas mal produit à l’étranger. Il a aussi ouvert le show de plusieurs artistes, notamment Jay Hardway, DJ, producteur et musicien hollandais, Olivier Heldens ou Mala. Mais sa tournée prévue aux Etats-Unis n’a malheureusement pas eu lieu. “J’avais aussi signé un gros deal avec Sony, en Suède… Cinq singles sont sortis mais sans aucune promo à cause de restrictions budgétaires dues au Covid. Je suis donc rentré en Belgique et j’ai commencé à créer mon studio.”

Il crée tout lui-même

Ce studio, c’est à Hannut qu’il est en train de le réaliser. Un projet ambitieux qui proposera aussi une résidence aux artistes qui le désirent. Dans le lieu, tout est créé par Alber-K. “Il y a un moment où j’en ai eu marre de “juste” faire ma musique, je voulais aller plus loin. Maintenant, je crée donc mes instruments. Je suis en train de faire une guitare électrique. Comme ça, tous les guitaristes qui vont venir jouer sur mes sons l’utiliseront. La démarche est donc beaucoup plus profonde. J’ai aussi créé des pré-amplis et je fais passer mes synthés dedans pour avoir une texture que peu de personnes ont. Aujourd’hui, mon but est vraiment de créer une nouvelle technologie, de l’utiliser pour faire de la musique et espérer que les gens vont l’aimer et qu’elle va passer en radio. C’est une démarche complètement différente de celle de 99,9% des ingénieurs et producteurs.”

Même s’il se considère comme ingénieur grâce à ses différents diplômes, Alber-K est heureux d’avoir pu créer un monde qui relie son métier à sa passion. “Si je suis là où j’en suis côté ingénieur, c’est grâce à la musique. Mon côté artistique me donne ma créativité pour essayer de trouver de nouvelles choses à inventer. Mon son qui est en train de se développer est complètement influencé par les nouvelles technologies. Je pense que tout est lié.”

Alber-K a déjà sorti une dizaine de singles. Pour tous, il a allié création musicale et nouvelles technologies. “Je ne suis pas musicien, je fais tout à l’oreille. J’ai une idée, je commence à faire du sound design et cela prend du temps. J’ai déjà fait une track avec de l’intelligence artificielle. Un algorithme me donnait plein de mélodies et je partais de ça.”

Utiliser l’IA dans la musique

Autodidacte dans la musique, Alber-K a appris à jouer des instruments de musique à l’oreille. “J’ai 98% de l’oreille absolue dans tout ce qui est fréquences, en tant qu’ingénieur du son. Si j’entends une mélodie, je ne peux pas dire de quelles notes il s’agit, mais je peux directement la refaire.” L’intelligence artificielle, Alber-K la voit comme “quelque chose qui pourrait aider les artistes à avoir plus de créativité, dans le seul but d’ouvrir les horizons de la créativité humaine et peut-être développer de nouveaux styles musicaux. Je n’essaie pas du tout de remplacer les instruments, mais je veux apporter quelque chose de nouveau. C’est une nouvelle manière de penser.” Selon lui, l’intelligence artificielle requiert tout de même une certaine prudence. “Elle peut ajouter des idées, mais il faut avoir un recul en tant qu’artiste. Ce n’est pas parce que l’algorithme a proposé ça que c’est bien ou que ça te représente. C’est très bien de l’utiliser comme source d’inspiration, mais il faut que ça reste soi”.

Alber-K avec Henri PFR

Son studio, l’artiste le veut familial. “L’idée est d’avoir une petite famille d’artistes qui viennent ici et moi, je suis leur ingé son ou je les aide à finir leur musique.” Alber-K est également en train de créer un labo “pour développer de nouvelles technologies que je vais utiliser dans mes sons et les tester ici”. L’artiste fait aussi ce qu’on appelle de la “ghost production”. Il crée de la musique pour d’autres artistes, principalement à l’étranger. “J’ai même travaillé pour des sociétés comme Universal ou Sony pour la qualité sonore ou pour finaliser des projets d’artistes qui étaient signés chez eux. J’apprends et ça me permet de financer mes projets de développement et de recherche. Par contre, je pense que c’est la première chose que j’arrêterai le jour où je n’en aurai plus besoin.”

Il faut se donner les moyens, même si c’est prendre de très gros risques.

Il y a un an, Alber-K créait ses deux sociétés, AKA Productions pour la musique et une autre encore secrète. Son studio devrait être prêt à accueillir des artistes au mois de décembre. Aujourd’hui indépendant, il a été aidé par la mentalité américaine. “Le fait de créer une société, c’est un stimuli qui nous pousse à être actif. Il y a un an et demi, je n’aurais jamais pensé avoir la table de mixage la plus technologique au monde pour le moment. Je l’ai fait faire sur mesure, elle a mis 7 mois à être construite. Je fais tout à fond, comme on me l’a appris aux Etats-Unis. Il faut se donner les moyens, même si c’est prendre de très gros risques.”

À seulement 26 ans, Alber-K a acquis au fil des années de la crédibilité dans le secteur. “Quand on est jeune, il faut surtout écouter. On a énormément à apprendre et j’en suis très conscient. Ce n’est pas parce que je suis sorti d’une université américaine qui a une très bonne renommée que je suis le king du monde. La vie commence maintenant. Dès que j’ai un rendez-vous, j’apprends. Je pense que si on part avec ce mindset, c’est beaucoup plus facile.”

Focus sur son projet secret, Alber-K réfléchit déjà à la suite. Il aimerait commencer à se faire un nom en Belgique et se produire plus dans son pays. Son objectif sur le long terme ? “Essayer de développer plein de technologies musicales et faire évoluer la manière dont on crée la musique le mieux que je puisse.”

Pour écouter Alber-K parler de son parcours, voici l’épisode de Compose auquel il a participé.

Alber-K donnera une conférence lors du KIKK Festival le jeudi 27 octobre.

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